Eclaire mon âme

Dans l'Antiquité, l'amphore servait à transporter des liquides (vin, bière, huile d'olive) et des denrées alimentaires. Sa forme variait en fonction de son contenu et de son origine de fabrication.

Les fragments et les pièces d'argile retrouvés lors de fouilles terrestres ou subaquatiques par les archéologues sont des témoignages essentiels des modes de vie et du savoir-vivre de l'époque. Ils peuvent nous renseigner aussi bien sur les lieux et les techniques de fabrication de ces objets, que sur les marchandises transportées. Leur circulation à travers tout le bassin méditerranéen puis plus largement en Europe évoque en moi la relation aux autres.

Les formes très souvent anthropomorphiques (col, pense et pied) empilés dans les cales des bateaux peuvent également nous suggérer le voyage du désespoir qu'entreprennent au péril de leurs vies de + en + de femmes, d'hommes et d'enfants.

Cela fait de l'amphore un symbole méditerranéen, objet incontournable porteur d'espoir, de valeurs humanistes d'échanges, d'ouverture à l'autre, d'un intérêt commun, du savoir-vivre ensemble et du gai-savoir cher à Dionysos, souvent rempli du breuvage d'Horus (appellation du vin sous l'Empire Egyptien) mais aussi porteur de désespoir au destin parfois tragique. Un héritage immense, à la fois gréco-latin et judéo-arabe.

Pourquoi ces tubes lumineux traversent-ils l'œuvre ?

Une œuvre n’existe qu’à travers celui qui la regarde pensait Marcel Duchamp, cela reviendrait à dire que sans le spectateur, cette même œuvre resterait dans l’obscurité, elle aurait donc besoin de cette relation à l’autre pour exister, interagir et se connecter avec l’esprit, le corps et l’âme de ce dernier.
Les néons, création du monde moderne faisant le lien entre passé et présent, matérialisent une trajectoire, un itinéraire qui servent ici à mettre en lumière notre passé symbolisé par cet objet iconique, afin de nous révéler son âme. Une connexion entre le voyage intérieur et extérieur pour se retrouver et élargir notre horizon.

De quelle âme parle-t-on, l'âme de l'objet, ou bien de l'âme de ce qu'il symbolise ?

Pour l'écrivain François Vigouroux, les objets aussi ont une âme, car ils reflètent la nôtre, des fragments de notre vie, de notre histoire personnelle. Ils ouvrent en nous des fenêtres sur notre intimité.
Ce souffle de vie est également donné à l'objet par l'artisan qui transforme la matière inerte et la façonne avec passion.
Il paraît donc essentiel de ne pas limiter les échanges et la circulation de l'amphore à un simple objet inerte et de ne pas oublier sa dimension humaine comme l'explique Thierry Fabre dans son livre l'éloge de la pensée de midi.
Elle symbolise l'âme méditerranéenne, un héritage d'une immense richesse qui a ses trésors et ses secrets, une âme en mouvement, en évolution face au temps.
L'amphore symbolisant l'âme méditerranéenne, nous révèlerait dans sa pense, à la lumière des néons, ses lourds secrets et ses trésors innombrables.
Ces néons dessinent des trajectoires allant d'un point à un autre. Ils traversent l'amphore tels des coups de sabres laser venus de cet imaginaire collectif interstellaire, nous rappellent que notre héritage méditerranéen a d'obscurs secrets, qui comportent leur part de tragique solaire, de violence et de conflits qui menacent encore aujourd'hui.
Pourtant, nous possédons tant de richesses et tant de trésors à partager, une nature généreuse, un savoir-vivre, un goût de la vie qui ont traversés les siècles.